ReponseANicolasLongueville

 

Réponses aux questions de Nicolas Longueville

pour son site web  : http://www.vaovan.fr/

 

    * Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je suis né à Hanoi juste avant la guerre d'Indochine. J'ai grandi au Vietnam, moitié au Nord, puis au Sud, à Saigon. Je suis parti en France étudier à 18 ans.

À cet âge l'homme est fait pour une partie essentielle de son être : une certaine sensibilité au monde, des valeurs d'une certaine culture, le tout à travers une certaine langue. Mais à cet âge l'homme est à peine sorti de l'enfance, du moins pour ceux qui ont grandi dans des milieux sociaux plus ou moins aisés. C'est donc en France que j'ai mûri. C'était les folles années 60, les grandes luttes sociales, féministes, intellectuelles, anti-impérialistes, avec pour point d'orgue la guerre du Vietnam dont les nouvelles envahissaient les journaux à longueur d'années. Venant d'un pays qui sortait à peine du moyen-âge confucéen, je me suis retrouvé dans un monde non seulement incompréhensible mais aussi en pleine ébullition. J'étudiais à peine, je lisais un peu de tout à l'avenant et, surtout, je militais contre la guerre, du côté de la révolution. En 1975, la guerre s'acheva. Je me mis à apprendre un métier dans l'idée de revenir au pays pour participer à sa reconstruction. Je suis devenu informaticien. Je suis revenu au pays en 1978 et 1981 ou 1982. J'ai compris que la société qu'on y construisait n'avait pas de place pour quelqu'un comme moi. J'ai décidé de vivre en France. Ce n'était ni simple ni de gaîté de cœur. D'autant plus que l'État français n'avait guère envie de moi. Sans doute me prenait-il pour un dangereux agitateur communiste étranger. Ce ne fut qu'en 1997 que j'ai obtenu la nationalité française.

Mûrissant en France, je pensais avec le langage des intellectuels français. À l'époque, dans le milieu étudiant, les plus en vue étaient tous imprégnés de marxisme à des degrés divers, sous des formes variées. Je ne connaissais pas grand-chose de la culture française et je n'avais jamais vécu dans un pays capitaliste. Je ne comprenais rien à leurs querelles. Prenant mon courage à deux mains, j'ai étudié à la source les deux incontournables de l'époque : Sartre et Marx. Dur, dur. Mais à force de lire, relire, résumer, rectifier ma compréhension des textes, je commençais à capter quelques lumières. Pour mon plus grand malheur ! Sartre et Marx étaient tous deux des penseurs passionnés, généreux, profondément humanistes. Tous deux préconisaient l'engagement, l'action pour changer le monde et les relations humaines. Cela cadrait avec ma passion de vivre au grand jour ma vie dans mon temps. Tous deux étaient d'étincelants dialecticiens. Mais voilà le hic : l'un est matérialiste et l'autre croit à la transcendance de l'ego ! Cela ne pouvait pas coller ensemble. Je ne pouvais renoncer ni à l'un ni à l'autre. Seul Marx m'aidait à comprendre le monde dans lequel je vivais, le monde capitaliste avec ses atrocités passées et présentes dont je faisais partie. J'y suis toujours ! Seul Sartre m'aidait à m'engager sans oblitérer ma liberté. Naturellement, j'étais intellectuellement incapable de résoudre la contradiction. J'ai choisi, en toute lucidité, de vivre avec. Plus de trente ans. Ce n'est que longtemps plus tard, ayant vécu, ayant (presque) réglé ma dette de vie, un beau jour, réduit à la condition de chômeur pour la première fois dans ma vie, comme beaucoup de mes concitoyens, j'ai eu l'occasion de remettre mon existence à plat et de me confronter sans fioriture à la contradiction que je vivais depuis ma jeunesse française. Et j'ai écrit Penser librement. Dans ce livre, je pense avoir réglé ma dette envers Marx, Sartre, bien d'autres penseurs occidentaux, mais aussi envers ma culture originelle : sans sa conception de l'homme qu'inconsciemment j'ai intégrée en moi je n'aurais jamais pu résoudre la contradiction intérieure qui me rongeait.

Tel a été mon parcours intellectuel. Très simple en somme. Des dizaines sinon des centaines de milliers de Français l'ont connu. Je n'en différais que par un trait : je sens, je vis, je pense, dans deux langues, deux cultures.

 

    * Comment êtes-vous devenu traducteur  ?

Par hasard sans doute. Volontairement, assurément.

Au début des années 80, j'étais dans une sale impasse intellectuelle et morale. Sur le plan professionnel, matériel, aucun problème. C'était plutôt bien. Mais je ne savais plus quel sens et quelle valeur avait ma vie, mes actes passés et présents. Je ne regrettais en rien mon engagement pour soutenir la guerre de libération nationale. C'était à faire, je l'avais fait. Mais pour finalement aboutir à quoi ? À ce régime monstrueux où la parole humaine elle-même devenait un instrument systématique d'oppression, d'asservissement, de mensonge et d'automensonge ? Ce n'était pas à faire, je ne l'avais pas fait. Après quelques timides tentatives de contribuer modestement à la reconstruction du pays, je me suis dégagé. Certes, je n'ignorais pas les persécutions dans les pays socialistes. Elles étaient connues depuis longtemps dans les polémiques entre Sartre et Camus. J'avais néanmoins une excuse : les urgences de la guerre. Il fallait d'abord se battre et vaincre. Tout le reste n'avait aucun sens si nous étions vaincus, si nous devions de nouveau baisser la tête, courber le dos, revenir au temps des colonies, même sous une forme mieux empaquetée. Comme beaucoup de mes amis, je pensais qu'il ne fallait pas éparpiller nos efforts sur tous les fronts en même temps, mais se concentrer sur celui où nous pouvions être le plus efficace, la guerre du Vietnam, l'épicentre des affrontements de l'époque. Néanmoins, en moi-même, je savais : ma manière de penser, avec ses contradictions insoutenables, était pour quelque chose dans mon aveuglement, mon incapacité de prévoir la suite des combats.

J'étais à la dérive, je barbotais tranquillement dans le bien-être matériel confortable des experts techniques du monde occidental. Dégueulasse. Comme j'étais incapable d'y voir clair, intellectuellement, j'ai craché sur le papier ce que j'avais sur le cœur sous forme de fiction et j'ai écrit un roman, Un amour métèque. En tant que roman, il ne fut jamais publié. Après, je suis retourné à ma soupe quotidienne. Ce n'est que plus de dix ans plus tard que j'en ai tiré une nouvelle qui fut publiée dans un recueil du même nom. Ce que la raison ne pouvait exprimer, la littérature le pouvait.

Vers la fin des années 80, les gouvernants vietnamiens ont dû changer de politique. Pendant près de deux ans, il y eut une certaine tolérance dans la publication des œuvres littéraires. Un jour, j'ai lu par hasard une nouvelle de Nguyen Huy Thiep, Un général à la retraite. J'en fus secoué. Oui, c'est de la littérature. Oui, il y avait quelque chose à faire en ce domaine pour mon pays. Les officiels tombaient à bras raccourcis sur Nguyen Huy Thiep. Je pris la plume pour dire en quoi, pour moi, son texte est une œuvre d'art. C'était pratiquement la première fois que j'écrivais un texte littéraire en vietnamien. Ce fut surprenant, le texte a été bien reçu, republié au Vietnam dans une revue soutenue par le chef du Département à la culture et à l'idéologie du Comité central du Parti communiste vietnamien ! La revue disparut avec son premier numéro et l'homme en question perdit son poste très vite. Je ne prétends nullement que ce fut à cause de mon petit texte ! Ni même à cause des autres textes très critiques dans la revue. L'homme, par son action dans de multiples domaines, "méritait" largement d'être écarté. C'était un général, héros de la bataille de Dien Bien Phu.

Dans la foulée, je me suis dit : ce que les Vietnamiens ont vécu au cours des convulsions du 20e siècle, ce qu'ils en ont retenu dans leurs écrits, même si ce n'est presque rien comparé au séisme qu'a été la guerre du Vietnam pour toute l'humanité, mérite d'être connu. J'ai commencé à traduire romans et nouvelles vietnamiens en français. J'ai eu la chance de rencontrer des éditeurs, notamment Philippe Picquier, qui voulaient bien prendre le risque de les publier. Je les en remercie encore. Le pari en valait la peine. Tous les livres que j'ai fait publier chez tous les éditeurs avec qui j'ai travaillé sont épuisés, seuls demeurent des éditions en format poche, toujours lues. Beaucoup de ces œuvres ont été retraduites dans d'autres langues européennes, américaines, voire asiatiques.

Au cours de ces années, je compris une chose essentielle : même si je restais toujours moi-même, je ne pouvais pas penser un problème de la même manière en français et en vietnamien. L'homme diffère des animaux par sa capacité de penser à travers un langage. Ce langage n'est pas de son invention. Autrui l'a fourré dans sa tête depuis son enfance et à travers son devenir humain. Quand je pense, je mets en œuvre les mots, les concepts, les pensées d'autrui. Si je veux me libérer de cette dépendance originelle, je dois tout d'abord remettre en question mon propre langage, je dois oser penser contre moi-même. Je m'y suis mis. J'ai écrit Penser Librement (Éditions Chronique Sociale, Lyon, 2000).

Pendant toutes ces années, la littérature, la traduction, l'écriture dans deux langues très différentes, m'ont aidé à découvrir, à comprendre, à me libérer de la servitude mentale dans laquelle me tenaient et le français et le vietnamien qui vivaient en moi. En retour, j'espère que mes écrits dans les deux langues ont apporté des éléments de réflexion et de libération à mes lecteurs, notamment les jeunes lecteurs vietnamiens et, pourquoi pas, quelques lecteurs français ?

 

    * Peut-on parler de littérature vietnamienne ? Les œuvres contemporaines ont-elles des caractéristiques communes ?

Évidemment. On peut même dire que la littérature vietnamienne existait déjà plusieurs siècles avant la création des États-Unis d'Amérique !

Les œuvres contemporaines ont au moins deux caractéristiques communes.

a/ elles sont écrites en… vietnamien ! Et pas n'importe lequel. Du 10e siècle jusqu'à la colonisation française, la littérature vietnamienne existait sous deux formes :

Ø    littérature de langue chinoise prononcée à la vietnamienne. Le pays était colonisé par la Chine depuis le début de l'ère chrétienne jusqu'au 10e siècle. La langue officielle de la cour, celle des lettrés, était le Chinois.

Ø    littérature de langue native, Giao Chi : les Chinois appelaient ainsi les autochtones et baptisaient le territoire conquis sous le nom de Province de Giao Chi. Or ces autochtones avaient une langue propre suffisamment riche et prégnante pour résister et survivre à dix siècles de colonisation chinoise ! Les plus grandes œuvres littéraires vietnamiennes, toujours vivaces dans la culture et le parler des Vietnamiens d'aujourd'hui, sont d'ailleurs écrites dans cette langue avec l'écriture démotique (utilisation des idéogrammes chinois pour coder des mots vietnamiens) : poèmes en langue nationale de Nguyen Trai (15e siècle), Kiêu de Nguyen Du (18e), poèmes de Ho Xuan Huong (18e), Chinh Phu Ngam (18e) plus connu dans sa version vietnamienne que dans l'original sino-vietnamien, etc.

Cette langue autochtone a été radicalement bouleversée en une quinzaine d'année, 1930-1945, par une centaine de poètes, d'écrivains, de journalistes, d'intellectuels dans des secteurs variés du savoir et de la culture, y compris les mathématiques modernes. Ils étaient souvent férus de culture chinoise, de culture française et connaissaient fort bien la culture nationale populaire, étant sortis depuis peu de temps des campagnes et de la société traditionnelle. En une quinzaine d'années, ils ont fait ce que les Français ont fait entre Rabelais et Voltaire : ils ont créé la langue vietnamienne que nous utilisons aujourd'hui, dans tous les domaines du savoir, des arts et des lettres. Ils ont imposé l'écriture latine, ils ont importé des valeurs françaises depuis les classiques jusqu'aux romantiques, voire jusqu'à Verlaine, Rimbaud, Apollinaire… Ils ont créé en vietnamien toutes les formes littéraires existant en France à l'époque. Ils ont même importé, à leur façon, le marxisme, ce qui n'est pas rien ! La langue vietnamienne d'aujourd'hui est une langue profondément métissée. 75% du vocabulaire est d'origine chinoise, comme le latin et le grec pour le français ! Elle se décline tout aussi bien à gauche comme le chinois et à droite, comme le français ! La structuration de la phrase comporte à n'en pas douter l'aspect rationaliste du français. Il suffit de traduire le moindre texte du vietnamien au français pour s'en persuader.

b/ ce sont toutes des œuvres de crise, dans une culture en crise, à travers une langue elle-même en crise.

Au début du 20e siècle, le Vietnam était un pays colonisé avec une société traditionnelle confucéenne composée à plus de 90% de paysans analphabètes mais non incultes ! Il n'y a qu'à lire la poésie, les chants et la littérature orale populaire pour le savoir. Il y avait tout de même quelque 10% de chrétiens qui continuaient d'honorer l'autel des ancêtres, de citer les adages populaires, voire les préceptes de Confucius. À peine le pays avait-il entrepris sa mue culturelle vers le monde moderne, il fut pris dans l'engrenage sanglant des conflits fondamentaux de l'époque, sur tous les plans, notamment culturels et idéologiques : capitalisme-socialisme, colonisation-libération nationale, Est-Ouest, Nord-Sud, et tutti quanti.

Il n'est sorti de la guerre qu'en 1975, voire 1979. Il n'a vraiment commencé à s'ouvrir timidement à la communauté internationale qu'à partir des années 90. Entre-temps, il a subi un demi-siècle d'un régime qui prétendait construire (sic) l'homme nouveau en faisant table rase du passé, avec pour tout bagage de pauvres et douteuses traductions staliniennes et maoïstes des œuvres des fondateurs du "socialisme scientifique" et de leurs ignares zélateurs, le tout sous la houlette de dirigeants qui, dans leur immense majorité, n'ont jamais vécu dans un pays capitaliste développé ni connu une société démocratique, ne serait-ce que bourgeoise et "formelle". Le désastre culturel est immense, catastrophique. Réparer un pont, une route, reconstruire des bâtiments demandent quelques années quand on trouve les investissements nécessaires. Mais raviver des traditions culturelles nécessite peut-être plusieurs générations épaulées par un système d'éducation familiale et sociale solide et consistant. Or, c'est justement ce système qui est aujourd'hui gravement malade ! La majorité des Vietnamiens ont moins de vingt-cinq ans. Beaucoup n'ont pas reçu l'héritage culturel des siècles passés, presque personne y compris les membres du Parti communiste vietnamien ne croient au socialisme et aux idéaux révolutionnaires des 19e et 20e siècles. Tous les pouvoirs sont entre les mains d'un appareil partisan gangrené dont le seul souci est de se maintenir au pouvoir. Et c'est à cette jeunesse de prendre en charge l'avenir du pays, des humains qui y vivent !

La crise des valeurs, la crise idéologique et intellectuelle se reflètent naturellement dans les œuvres littéraires, sur le plan du fond comme celui de la forme. Ce serait trop long d'en parler ici, maintenant.

 

   * Quelles sont les difficultés liées à la traduction d'œuvres vietnamiennes ?

Toutes les difficultés propres au travail de traduction, notamment d'œuvres appartenant à une culture différente de la culture européenne qui, malgré la diversité des langues, possède un fond culturel commun. À ce niveau, la plus grande difficulté réside dans la non-existence de concepts équivalents dans les deux langues. Le problème est particulièrement aigu dès qu'on se réfère aux rapports intellectuels, spirituels, éthiques, moraux entre humains. J'en ai discuté par ailleurs. C'est peut-être la raison pour laquelle j'ai tenu à traduire moi-même mon livre de philo Penser Librement en vietnamien, chose que je ne faisais quasiment jamais auparavant : j'écris en français quand je m'adresse aux Français, en vietnamien quand je m'adresse aux Vietnamiens. Mais, dans ce cas, sans bousculer la langue vietnamienne, on aboutirait au mieux à une œuvre incompréhensible et au pire à un texte qu'un Vietnamien comprendrait de travers. Sartre et Marx m'ont assez torturé, je ne veux pas torturer mes lecteurs dans ma langue natale.

Plus spécifique à la traduction des œuvres vietnamiennes au français, il faut compter avec trois difficultés. Traduire une œuvre littéraire, c'est naturellement essayer d'exprimer en français l'aspect littéraire de l'œuvre. Or, cet aspect provient essentiellement de la langue originelle des Vietnamiens. Cette langue comparée au français présente trois caractéristiques :

a/ elle est extrêmement musicale alors que le français est fort monotone. Une partie de cette musicalité est forcément perdue au cours de la traduction.

b/ elle est très sensuelle alors que le français est très abstrait. Par exemple, en français, il y a une cinquantaine de mots pour exprimer les sons. En vietnamien il y a foule, notamment une foule d'onomatopées qui expriment quasi directement des rapports charnels au monde. Une partie de cette sensualité est perdue en cours de traduction.

c/ elle est souple, parfois carrément "laxiste", alors que la grammaire française est formellement, férocement rationaliste au point que, parfois, j'ai envie de devenir dadaïste. Une partie des connivences entre les mots dans le texte vietnamien est perdue dans la traduction française.

 

    * Quels rapports entretenez-vous avec les auteurs contemporains  ?

Des rapports littéraires et parfois, mais c'est rare et cela ne dure presque jamais longtemps, du moins selon mon insatiable cœur, des rapports d'amitié. C'est le sort commun bien connu des traducteurs littéraires…

 

    * Avez-vous des conseils à donner au lecteur qui souhaiterait se lancer à la découverte de la littérature vietnamienne ? Quels sont les pré-requis ?

Oui, je l'ose. De pré-requis, il n'y en a qu'un : oublions nos prétentieux savoirs, ouvrons nos cœurs pour reconquérir le savoir et la culture. Humaines ! En ce domaine, nos savoirs, surtout cartésiens, coulent à pic. Il n'y a qu'à lire nos media, surtout dans le domaine public par excellence qu'est la politique, pour le voir : c'est effrayant ! Bien des choses qu'on entend aujourd'hui, ou qu'on n'entend plus depuis quelque temps, feraient rougir de honte nos ancêtres les Grecs et les Romains dans ce qu'ils ont laissé de meilleurs, sans compter nos ancêtres les Gaulois, les penseurs du Siècle des Lumières et leurs héritiers jusqu'au 20e siècle !

L'œuvre de l'écrivain est là, en vous. Reconnaissez-vous en elle, si elle le mérite, et si vous la méritez ! C'est tout. Alors, vous saurez ce que aimer veut dire. Et vous aurez envie d'agir d'une manière ou d'une autre. Cela veut dire que vous aurez envie d'exister. Par et pour vous-même, par et pour tous les humains. En ce monde-ci. Et maintenant.

 

    * Dans "Un squelette d'un milliard de dollars" la guerre est présente et, le capitalisme dans ce qu'il peut avoir de plus excessif apparaît. Après l'effacement du moi créateur (comme vous l'écrivez dans "de la perte du moi à la reconquête du langage"), ne croyez-vous pas que le capitalisme tel qu'il est vécu au Vietnam ne soit une nouvelle menace pour la langue ?

Excessif ? Un milliard de dollars, c'est quoi ? Lisez la presse française de nos jours. C'est une misère dans les opérations de restructuration, globalisation, mondialisation, délocalisation décidées de toute part dans la vie des Français d'aujourd'hui ! Même le PDG de Renault s'est permis de le signaler au gouvernement Jospin : si vous m'emmerdez, je délocalise ! Et Jospinette, malgré ses envolées lyriques, a clairement reconnu, et c'est tout à son honneur : oui, nous n'y pouvons rien, même quand nous avons le pouvoir à nous démocratiquement confié par le bon peuple de France.

Bon Dieu, à force de les écouter, je finirais par parler comme un honnête idéologue de la "mondialisation" !

En tout cas, et c'est la réalité de nos jours, avec le dollar (ou l'Euro, maintenant) on peut se payer la culture plurimillénaire d'un peuple. Évidemment, lorsqu'il s'agit de la culture française, il faut y mettre le prix. Mais n'ayons crainte, les capitaux vagabonds ont de quoi acheter et la France comptable et son âme.

> ne croyez-vous pas que le capitalisme tel qu'il est vécu au Vietnam ne soit une nouvelle menace pour la langue ?

Si ce n'est qu'avec le Vietnam, bien que ce soit regrettable, surtout pour des gens comme moi qui sont devenus humains à travers cette langue, ce n'est pas encore trop grave : comptez le nombre de langues humaines qui ont disparu depuis un siècle et ceux qui sont en train de disparaître peu à peu tous les ans ! Le capitalisme mondialisé, comme l'a analysé et prévu Marx, tel qu'il se développe actuellement dans le monde, n'est plus qu'une simple menace pour la langue vietnamienne, c'est déjà une catastrophe pour la langue… française ! Du moins celle que des siècles de désirs et d'idéaux humanistes ont forgée. Comparez la langue de M. Sarkozy avec celle de MM Camdessus, D. M. Strauss Kahn, B. Kouchner, B. Tapie et j'en passe, c'est effrayant : c'est la même ! Celle de leurs opposants au PS ne vaut guère mieux. Et celle d'un bon nombre de philosophes, d'intellectuels et d'artistes ayant pignon sur cour présidentielle, Medef, tutti quanti… et sur rue : navrant !

 

Phan Huy Duong

2007-09-23